30/11/2004

Profit à 2 chiffes ?

Comme sans doute beaucoup d'entre vous, je travaille dans une multi-nationale qui traverse une période difficile depuis 2000. Suite à "l'éclatement de la bulle Internet" comme on dit, le secteur des télécoms à fortement souffert. Le résultat, pertes financières importantes, et licenciement de la moitiée du personnel de l'entreprise (plusieurs dizaine de milliers de personnes). Je ne vais pas m'étendre sur la dégradation des conditions de travail (soirs, week-ends, etc...), vous conaissez sans doute cette histoire.
Comme mes collégues, j'ai avalé ça au nom de la sauvegarde de l'entreprise, et je reste convaincu que c'était nécessaire pour maintenir la profitabilité à court terme. Fallait-il le faire, c'est un autre débat.
Plus probablement, ces licenciements avaient pour but principal de faire remonter le cours de l'action.
Pendant la même période, de nombreuses embauches ont eu lieu dans des pays émergents...
 
Bonne nouvelle, depuis un an la profitabilité est revenue !
 
On continue "d'écrémer" de manière plus douce, car il faut consolider la profitabilité avant de se développer à nouveau, plus difficile mais nous l'avons avalé.
 
Mauvaise nouvelle, le profit n'est qu'a un seul chiffre (<10%), alors que les actionnaires en demandent deux...
 
Alors rebelotte, nouveaux licenciements un peu partout, au nom du profit à deux chiffres, mais très discrets ce coup-ci (hors de question de voir cela dans la presse, ce n'est pas politiquement correct). Beaucoup plus difficile à accepter...
 
Quelle sera la prochaine étape, un profit à trois chiffres ? Est-ce normal qu'après plusieurs dizaines d'années de profit on licencie au moindre signe de perte ? L'entreprise n'as-t-elle pas constitué une sorte de "réserve" pendant ces années de vache grasse, lui permettant de traverser des années de vache maigres plus sereinement ? Ou du moins s'autoriser un tampon avant de licencier massivement.
 
Je me pose une question toute simple, est-ce que le licenciement est la formule magique pour la profitabilité ? A force de licencier, une entreprise à moins de forces de production, moins de force de vente, ... Donc moins de revenus ? Est-ce que trop licencier ne risque pas de simplement causer une faillite ? Ou une entreprise trop affaiblie pour redémarrer son activité si les conditions de marché s'améliorent ?
 
Cela me fait penser à l'histoire de la poule aux oeufs d'or...
 
Tous ces "méchanismes", ces "règles du jeu" de notre société moderne me semblent très artificielles, c'est juste un système. Qu'est-ce qui nous empéche de modifier ces règles pour mieux vivre ?

22:52 Écrit par citoyen | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

avalons encore... ce qui me surprend le plus, c'est que personne ne se pose la question de savoir ce que "augmenter la rentabilité" veut dire. Ya deux moyens d'y arriver.
-Vendre les produits plus cher. Dans un marché concurrentiel, ça a évidemment des limites.
-Diminuer les coûts. Pour ça, il y a aussi 2 méthodes
1.utiliser moins de matières premières, de services... pour parvenir au même résultat. Alors on se retrouve à voyager en classe éco ou à supprimer le café gratuit.
2.utiliser moins de main d'oeuvre, car on sait que c'est ce qui coûte le plus dans nos sociétés occidentales. Ce qui signifie que moins de personnes auront à faire la même quantité de travail. Plus de pression, plus de fatigue.
Le plus couramment, on licencie. C'est facile.
Les gens acceptent car on baigne dans un discours économique. Les gouvernants ne nous promettent pas une vie meilleure, mais plus d'emplois et de croissance. Ces mêmes gens qui ont 10 actions d'une boîte quelconque, et qui voudraient bien que ça remonte, même s'il ne gagnent qu'une poussière du profit total, et même si leur voisin perd son job.
Les medias relaient le message avec application, car bien sûr, ces médias appartiennent pour la plupart aux grands groupes industriels.

Le plus fou, ce sont les employés qui se félicitent que leur entreprise a augmenté ses profits, et s'en gorgent auprès de leurs amis. Ils ne voient que ces profits représentent une augmentation de salaire qu'ils n'ont pas eu, ou leurs conditions de travail qui ne se sont pas améliorées.

Écrit par : candido | 01/12/2004

spéculation ce que je trouve le plus incongru,

c'est que notre vie dépends fortement de l'économie, régie en grande partie par les entreprises du secteur privé. c'est pas "mal" de travailler, c'est pas "mal" de faire du profit, mais là ou ça coince je trouve c'est le coté spéculatif
les entreprises existent et vivent grâce aux fonds investits par les actionnaires, qui eux le font dans un but purement spéculatif.
oui les entreprises doivent faire du profit,
mais comment notre vie peut-elle être régie par et pour l'enrichissement de certains ?
c'est peut-être la plus grande atteinte aux droits de l'homme.

pourquoi pas un libéralisme communautaire ?

ça me donne des idées tout ça, faut que je prépare un post :)

Écrit par : citoyen | 21/12/2004

Les commentaires sont fermés.